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L’âme de la peinture paysanne

La peinture paysanne, souvent qualifiée d’art populaire ou d’art « naïf », ne se contentait pas d’orner des toiles : elle habillait les meubles, les murs des maisons et les objets du quotidien.

En Europe et dans le monde slave, cet art est profondément lié aux cycles de la nature, aux croyances et à l’identité communautaire. On y trouve une explosion de couleurs et de motifs symboliques qui racontent la vie des gens simples, loin des académies royales.

Cet art vibrant, difficile à dater, a donné naissance à des techniques décoratives élaborées qui résonnent encore aujourd’hui.

C’est précisément dans cet héritage poétique que La Surannée puise ses racines, à la croisée de l’art du décor intérieur et de la virtuosité des laques slaves.

L’art du décor intérieur : de Zalipie à Petrykivka

Étude de forme des pétales et feuilles à l’atelier, Pauline Duron-Benedetto

Dans de nombreuses régions slaves (Pologne, Ukraine, Slovaquie) et d’Europe centrale (Bavière, Tyrol), la peinture n’était pas un luxe de musée, mais une nécessité domestique.
Le terme Bauernmalerei désigne ainsi la peinture paysanne en Europe centrale. Les coffres de mariage, les armoires et les lits se couvraient de motifs floraux ou d’oiseaux pour composer la dot et raconter l’histoire de la famille.

Plus à l’est, dans le village polonais de Zalipie, les femmes ont commencé par peindre de simples taches de chaux pour masquer la suie sur les murs. Au fil du temps, ces gestes de propreté sont devenus des bouquets complexes couvrant tout, dedans comme dehors : meubles, outils, puits et même les niches des chiens ! En Ukraine, c’est le style Petrykivka (inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO) qui fait rayonner cet art avec ses contrastes vifs et son foisonnant chaos créatif, où chaque peintre réinvente la flore à sa guise.

La magie et les symboles au cœur du foyer

Dans un monde où la survie dépendait de la terre, l’art portait une dimension incantatoire :

  • Les fleurs évoquaient le renouveau perpétuel pour attirer la prospérité.
  • Les oiseaux agissaient comme des messagers entre la terre et le ciel, gardiens de la famille.
  • La répétition des motifs agissait comme un talisman, une façon de célébrer son appartenance à un tout et d’assurer la continuité du monde face aux hivers rudes.

On peignait le pourtour des portes et des fenêtres pour bloquer le passage aux mauvais esprits. Rien n’était séparé : la maison entière devenait une œuvre d’art totale.

Du chaos paysan à la perfection des laques : Zhostovo et Khokhloma

Contrairement à l’art académique, l’art paysan ne s’encombre pas de perspective ni de réalisme : la stylisation et l’audace des couleurs priment. Mais lorsque ces savoir-faire sont sortis des fermes pour intégrer des ateliers manufacturés, le style s’est codifié.

Figure 2 : Peinture par couches successives, godets éphémères, Pauline Duron-Benedetto

C’est le miracle de la peinture laquée Zhostovo (Russie).

Ici, le joyeux désordre paysan se cristallise dans une technique rigoureuse en trois grandes phases : l’ébauche (Zamaliovok), l’ombrage (Teniovok), et les rehauts de lumière finale (Razbelka). Contrairement aux fonds clairs traditionnels, Zhostovo généralise le fond noir laqué. Ce fond sombre propulse les couleurs vers l’avant, créant une illusion de profondeur infinie sous le vernis.

Dans la même lignée, le style Khokhloma sublime le bois en utilisant une trinité de couleurs (Rouge, Noir, Or) et une cuisson au four qui transforme la poudre d’aluminium en une dorure éclatante. C’est l’art de magnifier les matières simples pour les rendre précieuses.

La peinture sous verre et l’écho de La Surannée

Dans les régions montagneuses (Carpates, Alpes, Bohême), les artisans ont développé une autre technique fascinante : la peinture sous verre (ou églomisé populaire). Peinte à l’envers — en commençant par les détails du premier plan pour finir par le fond —, l’œuvre se révèle une fois retournée.

Ces icônes domestiques étaient très accessibles, en raison de la multiplication des manufactures de verre dans ces régions aux XVIIIe et XIXe siècles. Placées dans le « coin sacré » de la pièce principale, l’éclat et les reflets du verre donnaient vie aux peintures à la lueur des bougies, apportant une lueur d’espoir au cœur de la nuit.

C’est exactement ce dialogue entre la profondeur laquée de Zhostovo, la poésie florale et l’éclat de la peinture sous verre qui anime les créations de La Surannée. Lorsque je peins les détails de mes amulettes, la résine, en écho avec les cabochons de verre d’antan, vient sceller les pigments, capter la lumière et donner ce relief magique, transformant le bijou en un talisman porteur d’histoire.

Figure 3 : Collection Éclosion Printemps 2026,
Pauline Duron-Benedetto

La reconnaissance d’un génie ignoré

Au XXe siècle, ce « travail manuel » paysan a fini par bousculer l’art moderne. En quête d’essentiel, des artistes comme Henri Matisse, Vassily Kandinsky ou Natalia Gontcharova ont puisé dans l’énergie brute du primitivisme pour libérer la couleur. Plus tard, l’École de Hlebine en Croatie prouvera au monde entier que des paysans peignant sur verre, sans formation académique, avaient leur place dans les plus grandes galeries internationales.

En m’inspirant de ces motifs et de ces gestes anciens, je ne fais pas “que” de la décoration : je célèbre ce génie populaire, un art de résistance et de beauté qui traverse les siècles pour venir se poser, tout en délicatesse, au creux de votre cou.

Carnet de l’atelier

Les amulettes de La Surannée sont façonnées au rythme des saisons, en séries strictement limitées et numérotées. Parce que chaque palette de couleur est éphémère et les séries dictées par le calendrier naturel, chaque édition s’efface définitivement à l’arrivée de la saison suivante.

Rejoindre le Carnet de l’Atelier vous assure de découvrir les coulisses de la création, les recherches stylistiques et historiques, les numéros des collection en avant-première.

Rythme d’envoi : environ 4 fois par an.